dimanche 13 septembre 2009

LA FILLE NOYÉE par Bertold Brecht

Une fois n'est pas coutume, j'ose publier ici une de mes traductions de poèmes d'auteurs de langue allemande, en l'occurrence, Bertold Brecht dont l'oeuvre j'apprécie particulièrement. Le poème en question, "Vom ertrunkenen Mädchen" fut choisi car c'est un poème qui ne m'a jamais laissé indifférent, soit par l'opposition de ses images – où candeur et grotesque se mêlent dans un contexte à la fois pathétique et édifiant – soit par le choix du thème, apparement banal, mais dont le génie de Brecht en sut créer un poème empreint d'émotion retenue et d'une rare lucidité.

VOM ERTRUNKENEN MÄDCHEN
Bertolt Brecht

1
.
Als sie ertrunken war und hinunterschwamm

Von den Bächen in die größeren Flüsse

Schien der Opal des Himmels sehr wundersam

Als ob er die Leiche begütigen müsse.

2.

Tang und Algen hielten sich an ihr ein

So daß sie langsam viel schwerer ward.

Kühl die Fische schwammen an ihrem Bein

Pflanzen und Tiere beschwerten noch ihre letzte Fahrt.

3.
Und der Himmel ward abends dunkel wie Rauch

Und hielt nachts mit den Sternen das Licht in der Schwebe.

Aber früh ward er hell, daß es auch

Noch für sie Morgen und Abend gebe.

4.
Als ihr bleicher Leib im Wasser verfaulet war

Geschah es (sehr langsam), daß Gott sie allmählich vergaß

Erst ihr Gesicht, dann die Hände und ganz zuletzt erst ihr Haar.
Dann ward sie Aas in Flüssen mit vielem Aas.



LA FILLE NOYÉE

1.
Lorsqu'elle s'était noyée et descendit en flottant

Depuis les ruisseaux jusqu'aux grands fleuves
L'opale du ciel semblait très miraculeux

Comme s'il devait apaiser le cadavre.

2.
Varech et algues se tenaient à elle

Et ainsi elle devenait de plus en plus lourde.

Les poissons, froidement, nagèrent sur sa jambe.

Plantes et animaux alourdirent encore son dernier voyage.

3.
Et le ciel du soir était sombre comme la fumée
Et avec les étoiles il tenait de nuit la lumière en suspension.

Mais tôt il fut claire, comme si
Pour elle existait encore matin et soir.

4.
Lorsque son corps pâle pourrit dans l'eau,

Il s'avère que (très lentement) Dieu l'oublia peu à peu,
D'abord le visage, ensuite les mains, et à la fin les cheveux.
Et puis elle devient charogne dans des fleuves remplis de charognes.



© 2009 pour cette traduction française par André Bessa et Prolitteris, Zurich

1 commentaires:

Kathleen Lessa a dit…

J'étais ravie de connaître ce poème en français. Des bises, Kathleen