Une fois n'est pas coutume, j'ose publier ici une de mes traductions de poèmes d'auteurs de langue allemande, en l'occurrence, Bertold Brecht dont l'oeuvre j'apprécie particulièrement. Le poème en question, "Vom ertrunkenen Mädchen" fut choisi car c'est un poème qui ne m'a jamais laissé indifférent, soit par l'opposition de ses images – où candeur et grotesque se mêlent dans un contexte à la fois pathétique et édifiant – soit par le choix du thème, apparement banal, mais dont le génie de Brecht en sut créer un poème empreint d'émotion retenue et d'une rare lucidité.
VOM ERTRUNKENEN MÄDCHEN
Bertolt Brecht
1
.
Als sie ertrunken war und hinunterschwamm
Von den Bächen in die größeren Flüsse
Schien der Opal des Himmels sehr wundersam
Als ob er die Leiche begütigen müsse.
2.
Tang und Algen hielten sich an ihr ein
So daß sie langsam viel schwerer ward.
Kühl die Fische schwammen an ihrem Bein
Pflanzen und Tiere beschwerten noch ihre letzte Fahrt.
3.
Und der Himmel ward abends dunkel wie Rauch
Und hielt nachts mit den Sternen das Licht in der Schwebe.
Aber früh ward er hell, daß es auch
Noch für sie Morgen und Abend gebe.
4.
Als ihr bleicher Leib im Wasser verfaulet war
Geschah es (sehr langsam), daß Gott sie allmählich vergaß
Erst ihr Gesicht, dann die Hände und ganz zuletzt erst ihr Haar.
Dann ward sie Aas in Flüssen mit vielem Aas.
LA FILLE NOYÉE
1.
Lorsqu'elle s'était noyée et descendit en flottant
Depuis les ruisseaux jusqu'aux grands fleuves
L'opale du ciel semblait très miraculeux
Comme s'il devait apaiser le cadavre.
2.
Varech et algues se tenaient à elle
Et ainsi elle devenait de plus en plus lourde.
Les poissons, froidement, nagèrent sur sa jambe.
Plantes et animaux alourdirent encore son dernier voyage.
3.
Et le ciel du soir était sombre comme la fumée
Et avec les étoiles il tenait de nuit la lumière en suspension.
Mais tôt il fut claire, comme si
Pour elle existait encore matin et soir.
4.
Lorsque son corps pâle pourrit dans l'eau,
Il s'avère que (très lentement) Dieu l'oublia peu à peu,
D'abord le visage, ensuite les mains, et à la fin les cheveux.
Et puis elle devient charogne dans des fleuves remplis de charognes.
© 2009 pour cette traduction française par André Bessa et Prolitteris, Zurich
dimanche 13 septembre 2009
LA FILLE NOYÉE par Bertold Brecht
Publié par
ABessa
au
13.9.09
Libellés : Bertold Brecht, poèmes, traduction française, Von Ertrunkenen Mädchen
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1 commentaires:
J'étais ravie de connaître ce poème en français. Des bises, Kathleen
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