jeudi 6 août 2009

TA GUEULE! J'AGONISE SANS TOI – le navet de trop?



Eh oui, pas le grand pied avec ce nouveau film de Bernard Cointrin, il faut bien l'avouer. Et à la clé, une grosse déception aussi de la part du producteur du pointilleux et très beau Entre le fleuve et la mère. C'est bien simple, le film a une bonne demi-heure de trop (vous aussi vous trouvez que ça fait beaucoup, n'est-ce-pas?), et toute la partie centrale est complètement décousue. Même failli m'endormir si n'était pas la main baladeuse de quelqu'un en cherchant mes clés. Bref.

Ta gueule! j'agonise sans toi c'est un film bien au goût de mijaurées hyperactives et de coach-potatoes flemmardes, tiré d'une histoire pourtant vraie. Le scénario n'a strictement aucun interêt, ultra-balisé et rebattu qu'il est (coups de foudre, jalousies multiples, défilés en limousines, et puis une nana à la poitrine généreuse parce que, quand même, il en faut une), alors forcément on devient un peu plus exigeant sur la mise en scène. Le directeur de la photographie Alphonsus de Saint-Luthin s'en sort parfois très bien avec quelques scènes magnifiques (le tout début, avec cette magnifique poursuite de fauteuils roulants, ou lorsque Max Bridge visite le bureau somptueux du couple de paroliers qui l'engage). Dès qu'il fixe son cadre et qu'il ouvre un peu ses plans, c'est magnifique. Le travail qu'il effectue avec son assistant-opérateur sur les profondeurs de champ et les hautes lumières est extraordinaire et toujours bien utilisé, accompagné de cadres parfaits. C'est vachement beau. Chapeau, Phon-phon, tu es un grand!

Malheureusement, la majeure partie du film, faute de moyens, se passe caméra à l'épaule. Et là, ça coince : plans trop serrés, trop rapides (pour économiser quoi?), rendent trop fréquemment le film complètement illisible et incompréhensible. A part Max Bridge avec une fausse moustache, sa maîtresse mal rasée et le flic homosexuel travesti en dame-pipi, on est bien en mal de reconnaître qui que ce soit. Ce qui fait qu'on assiste avec lassitude à cette succession de potins et d'accolades, arrosés d'une musique sirupeuse signé Jarvis Cointrin (vous l'avez deviné, c'est bien le fils cadet du metteur en scène). C'est morne. En outre Bercoin (pour les intimes) passe ici complètement à côté d'un sujet : les rapports entre les intrigues de haute société et la lutte contre le crime du col blanc qui s'alimentent mutuellement, dans un bain de parfum eau-de-rose, le fait que les crimes "visibles" focalisent l'attention des Columbos de ce monde, alors que la vraie criminalité est ailleurs et autrement plus lucrative...

Il y avait de belles choses à faire avec tout ce potentiel d'acteurs et mise en scène. Mais il aurait fallu poser la caméra de dessus l'épaule sur la moquette, et visiblement, Cointrin avait acheté du ticket journalier. Un sacré coup manqué donc.

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