dimanche 25 janvier 2009

"SBROUNTCH 58" EN DVD: LA CRITIQUE


par Frédérick Lajoye


Non non et non! nom de Dieu, je ne crois point à mes yeux! Sbrountch 58, un bijou d'originalité, des superbes acteurs, pas tous connus mais tous ex-cel-lents, vient de faire sa sortie en DVD la semaine passée. Un scénario plus que démentiel, une façon de filmer hardie et révolutionnaire qui vous laissera bouche bée... bref, c'est neo-zélandais, c'est du très solide, c'est du bonbon, c'est du Engelbert Schibli au sommet de son art!

Ce génie du cinéma post-moderne a repris certains acteurs de son film précédent (Kutzklu 32), et a fait venir quelques méga-stars, dont le génialissime Horace Wayne et le déroutant (même en début de carrière) Solano Del Sole. Voici un inextricable mélange de personnages de très haute volée aux histoires irrémédiablement séparées, et aux problèmes plus biscornus les uns que les autres. Uoahou! mais tout ce beau monde veut récupérer un diamant aux accents roses volé à Payerne, en Suisse. L'intrigue la plus venimeuse se passe à Calcutta, dans un milieu de gangsters de la mode, de gypsies hautement politisés, de fonctionnaires d'ONGs, de diamantaires de tout bord, de petits truands comme on en voit au jour le jour. Enfin, comme on dit chez nous, des gens pas spécialement fréquentables...

Difficile, très dif-fi-ci-le d'expliquer l'intrigue de cette manière ; d'ailleurs, j'ai dû voir le film soixante-sept fois avant de bien tout comprendre. Un summum de talent, quoi! mais voici le génie d'Engelbert Schibli à son apogée : malgré sa volonté de mélanger toutes les histoires et de les faire s'entrecouper de façon randomisée, toutefois en suivant le fil conducteur du diamant rose et de ce beau malandrin qui l'accompagne, tout le scénario est parfaitement rôdé, plein de charme, lumineux et incroyablement futé, bref, aucune incohérence à signaler.

Le film est par ailleurs très sombre, bourré d'humour noir très grinçant, et la musique du duo Jean Le Renard-Bruno Coqtell colle parfaitement à l'ambiance hitchcockienne et vicieuse de l'intrigue, ce qui remplit des frissons époustouflantes le dos du public. Celui-ci, sidéré, n'a qu'à plier l'échine devant ce coup de maître. L'hor-reur!

Chapeau donc au réalisateur, chapeau pour des dialogues, le garde-robe et des répliques cultes et savantes (dignes du Roi Lion), et chapeau aux merveilleux acteurs Horace Wayne (et son accent parisien ter-rible!), Myriam Jones (l'antipathique Fagan de "Sgratchi 22" du même réalisateur), François Shapiro (qui s'est tristement spécialisé dans les navets made in Bollywood par la suite), Minou Rebords (et ses indéfectibles perruques), et Al Merrimack II (dans le rôle de l'agent humanitaire le plus sadique du monde).

Les bonus qui accompagnent le DVD sont également très complets et même parfois très indiscrets : making-of et explication très didactique de tous les trucages et cascades, interviews des acteurs dans leur loge, dans les lieux du tournage, et même sous la douche; du réalisateur en sa superbe limousine d'un blanc immaculé décoré à l'intérieur en cuir aux motifs vache fribourgeoise, petites séquences inédites qui n'ont pas échappé à la censure américaine, scènes coupées et bien d'autres indiscrétions, enfin, tout ce qui fait du septième art la raison de vivre des âmes les plus sensibles de la planète. Un DVD en diamant.... rose!

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