jeudi 2 octobre 2008

DU NOIR UN REGARD, UN SCÉNARIO NOIR INÉDIT



Le XXVIIème Concours International Annuel de Scénarios de Film Noir (SIAFIN) a eut lieu comme traditionnellement à Saint-Fréjus les Bains, sous un soleil de plomb. Cette édition, toutefois, s'est passée de gagnant. Selon le jury, le niveau des scénarios présentés n'a pas été à l'hauteur des années précedentes et donc pas de premier prix. Cependant il y a eu quelques lauréats mineurs. Parmi ceux-ci, se trouve le scénario pour un film courte métrage au budget modeste intitulé "Ce qu'a vu les yeux de Pouletin Frontière". Un drôle d'argument mais qui a su, néanmoins, séduire le jury qui lui a décerné alors le Prix d'Originalité Unique. Voici donc en première mondiale, la synopsis de ce qui vous allez voir un jour – ou peut-être que jamais – au cinéma. Les commentaires entre parenthèses sont du scénariste lui-même.

Le film s'ouvre sur la phrase : «Je n'oublierai jamais que je fus un homme et une femme, un jour.»). Oleg "Gueule-en-biais" Monsageon, un inspecteur de police à la retraite, décide de faire peau neuve dans la publicité d'affiches et d'enseignes lumineuses. Un soir, en rentrant à la maison après une soirée bien arrosée, il entend un coup de feu suivi d'une sonnerie de klaxons infernale. "Gueule-en-biais", d'une démarche plus que chancelante, prend peur et s'enfouit sous un buisson de son jardin. Ivre, il s'endort et s'est réveillé tôt le matin secoué par un livreur de pizza. Celui-ci lui apprend qu'une commande avait été faite sous son nom et qu'il fallait la régler. Monsageon paye la note et après que le livreur disparaît dans sa moto, il pénètre dans sa maison par la porte de service, met la pizza dans le frigo et boit de l'eau du robinet. Aussitôt rentré dans le salon, il entend sa femme Aurélie parler à voix basse avec quelqu'un à fort accent slave dans sa chambre, au premier étage. Soudain, un nouveau coup de feu résonne et "Gueule-en-biais" court se réfugier derrière un sofa. Un silence de plomb tombe dans la maison. Trois heures durant Monsageon ne bouge pas de sa cachette mais, poussé par la curiosité, finalement il monte l'escalier et se retrouve devant une scène terrible: Aurélie, sa femme, dans son plus simple appareil (détail pour donner du piquant à l'histoire et pour attirer le public masculin) se trouve agenouillée à côté du corps énorme d'un homme noir gisant sur la moquette. Son expérience de vieux gendarme lui souffle à l'oreille que le géant africain a été abattu d'une décharge de chevrotine en plein visage et il remarque – non sans horreur – que ce qui remplissait la tête de l'homme éclaboussait maintenant le mur ouest de sa chambre à coucher (détail important pour mieux situer le film auprès d'un public jeune). Désespéré, il appelle Martin "Pouletin" Frontière, un ancien collègue (lui aussi à la retraite) et jette un peignoir de soie à sa femme, qui lâche une seule phrase pleine de mystère: "Moi, je ne suis pas celle qu'on nommait Rosebud." Et puis se tait. Le lieutenant Frontière enquête auprès de ses proches, principalement Justin Fréjac, un journaliste et critique à la plume acide et sournoisement xénophobe, et qui a fait de Aurélie une femme du monde avant qu'elle se marie à Monsageon. Il enquête aussi auprès d'un certain Colombier, un pilote automobile aristocrate mais sans le sou, que la belle Aurélie devait épouser quand elle faisait encore partie de la jeunesse dorée des filles de diplomates de renom. Au fil de ses recherches, où il apprend à connaître mieux son ex-collègue de gendarmerie et surtout sa femme aux mille et une perruques, au travers des témoignages de voisins et de quelques politiciens à la mode (détail pour donner du réalisme et insérer le film dans un contexte d'actualité), de la lecture de ses lettres et de son journal intime où elle raconte avec force détails ses rencontres avec ses partners africains, et subjugué par un superbe tableau à l'huile – où elle curieusement apparaît en soeur religieuse – l'inspecteur tombe sous le charme de la belle Aurélie. Lorsque, dix jours après avoir été déclaré mort, le géant africain réapparaît... (À partir de ce point, je remue toujours mes méninges en essayant de trouver une solution crédible et que soit en total accord avec le budget du film, pour faire en sorte que le public réagisse plutôt favorablement à l'égard du Ressuscité, sans néanmoins s'en prendre aux policiers, bien sûr, et de le pousser à s'enticher du personnage enchanteur d'Aurélie... enfin, comme vous pouvez bien l'imaginer, j'ai passablement du pain sur la planche.)

À propos, l'auteur – qui porte le pseudonyme cocasse de "Sémouah Savah"– n'a jamais voulu s'identifier et donc il a reçu le prix "Tâche d'Encre" par l'entremise d'une jeune réalisatrice mongol du nom fort charmant d'Aohley-Li.

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