
La journée avait commencé paisible et agréable, si bien que dans les îles le temps soit assez changeant, rien pourtant ne nous laissait présager ce qui allait se passer par la suite. C'était juste au début de l'après-midi. Nous étions descendus vers 11 heures de notre accueillant petit appartement, situé sur les flancs de La Matanza, dans l'île de Tenerife, aux Canaries, pour se rendre à Puerto de la Cruz. Ce charmant resort est le principal centre touristique de l'île et dispose d'une quantité de commerces, hôtels et surtout de bons restaurants.
Ce jour-là, nous avions été dans un bistrot populaire dont le filet de boeuf grillé (solomillo a la plancha) faisait, selon toute apparence, un véritable succès. Selon le garçon qui nous servait, la viande provenait de l'Amérique du Sud (Argentine et Brésil) et était tendre et savoureuse. Le bifteck se présentait garni d'une superbe salade de pommes de terre, agrémentée de quelques rondelles de tomate et salade verte, ainsi que des copeaux de parmesan, le tout saupoudré de fines herbes, un vrai régal.
Bien accommodés à l'intérieur du bistrot, nous ne nous sommes cependant pas aperçus du brusque changement du temps. En dehors, une vraie houle atlantique (marejada en espagnol) s'annonçait. Néanmoins, les habitants du lieu n'avaient pas l'air de s'en inquiéter: ils se promenaient et vaquaient à leurs occupations journalières avec l'insouciance d'un torero devant une génisse. Ce n'était qu'en sortant du restaurant que nous nous sommes rendu compte du changement météorologique. Le ciel était toujours clair et il y avait du soleil, mais le vent soufflait par rafales tellement fortes, entraînant dans ses tourbillons une course folle des mouettes et goélands qui se laissaient ballotter, résistant parfois pour reprendre de la hauteur, pour ensuite piquer en impressionnants plongeons, presque à la verticale.
La mer faisait un de ces bruits sourds, contraignants, avec des vagues qui se formaient au loin, se gonflaient, ondulaient et se boursouflaient jusqu'à venir s'éclater sur les rochers, en une gerbe d'eau qui aspergeait toute la grève. Le fracas était étourdissant. Toutes les plages étaient désertes et tous les bateaux avaient déjà regagné leur port. Les palmiers et les dattiers des rues dansaient inlassablement sous les assauts du vent. Une foule de touristes s'était amassée au long de la Calle San Telmo et de l'avenue du Colon, devant le balnéaire et les piscines publiques. Heureusement, j'avais apporté un film diapositive 200 ISO avec moi, et le charger dans mon boîtier reflex n'était que l'affaire de quelques seconds. Soudain, la lumière du jour s'est transformée en bleu clair et vif, comme si l'on avait vissé un filtre refroidissant 82 au disque du soleil. Tout est devenu bleuâtre: les nuages, les rues, les façades des maisons, les visages et peut-être même l'esprit des gens. On se dirait sur une gigantesque scène de théâtre en plein air, éclairés par des puissants spots de lumière cyan, en ayant le ciel et la mer pour décor. Insolite phénomène.
L'air était saturé d'eau salée et de cette odeur d'algues si typique des zones côtières. Prise par un emportement indescriptible de rage, la mer hurlait et projetait ses vagues contre les quais avec une telle fureur, qu'on pourrait croire que le ressac de fin du monde était finalement arrivé. Des vagues de 3 ou 4 mètres se fracassaient contre la jetée du port et les bains publiques, en gerbes d'eau immenses, inondant encore plus les piscines et les terrasses, en emportant avec force des chaises, tables et d'autres objets qui s'y trouvaient. Un spectacle impressionnant.
Au bout de deux ou trois heures d'observation et après avoir pris plusieurs clichés de la marejada, nous avons décidé de regagner la maison et j'ai repris la route vers les hauts de La Matanza. La houle a fait encore des vagues jusqu'à tard du soir, ce qui nous a procuré l'ineffable plaisir d'aller s'endormir avec le bruit des ondes en se brisant contre les rochers. Le lendemain matin, la mer était à nouveau calme et attrayante, comme si de rien n'était.
samedi 2 août 2008
LA HOULE À TENERIFE
Publié par
ABessa
au
2.8.08
Libellés : houle, La Matanza, marejada, Puerto de la Cruz, solomillo, Tenerife
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)


0 commentaires:
Enregistrer un commentaire