dimanche 27 avril 2008

TRANSCRIPTION, ARRANGEMENT ET ORCHESTRATION : LA LUMIÈRE

L'autre jour, on m'avait demandé quelle était la différence entre une transcription, un arrangement et une orchestration. Comme ce sont des termes qu'on emploie souvent mais pas toujours de forme exacte, alors j'essaierai d'y faire un peu la lumière.

Transcription, en musique, c'est l'adaptation d'une composition à un instrument ou à un médium (duo, trio, quatuor, orchestre, etc) pour lequel elle n'a pas été originalement écrite. Par exemple, une pièce de piano que l'on transcrit pour la guitare, ou pour un quatuor à cordes, pour une fanfare ou même pour un orchestre symphonique. Une transcription doit être la plus fidèle possible vis-à-vis de la version originale de la composition, sans qu'il y ait de modification des mélodies, des rythmes ni de l'harmonie.

Les exemples de transcription dans la musique classique abondent, et plus d'un virtuose n'a pas hésité à nous laisser un enregistrement – souvent accompagné par un piano ou un petit ensemble – d'airs composés originalement pour d'autres instruments que le sien. La rêveuse "Clair de Lune" de la Suite Bergamasque de Claude Debussy en est un bon exemple. La pièce "Humoresque" de Dvórak, initialement écrite pour piano, en est un autre. Ou encore des transcriptions diverses de la célèbre mélodie du compositeur catholique Charles Gounod, celle-ci étant déjà écrite à partir de la mélodie sous-jacente du Prélude en Ut du "Clavier bien tempéré" de J. S. Bach, compositeur protestant, et qui est devenu par la suite l'archi-célèbre "Ave Maria de Bach"!

L'arrangement consiste à agrémenter ou réaménager un thème musical dans un style désiré. C'est un travail qui se rapproche de celui de la composition musicale. L'arrangement diffère basiquement de la transcription du fait qu'il peut être conçu sur l'instrument (ou médium) même de la composition originale. L'arrangeur – la personne spécialisée dans la création des arrangements – peut autant altérer le rythme et même éléments de la mélodie originale que son harmonie. Quand il ne s'agit que de modifier cette dernière, on parle alors d'une re-harmonisation de la mélodie originale. L'arrangement utilise généralement l'idée centrale d'un morceau (soit-elle classique, folklorique, en venant de la chanson ou du jazz) de forme à garder son identité musicale à ceux qui l'écoutent, toutefois en prenant les libertés les plus diverses selon l'imagination de l'arrangeur.

Dans la musique classique, les exemples d'arrangement sont très rares, le compositeur lui-même faisant déjà office de son propre arrangeur. Cependant, pour ce qui est de la musique pop (ou de variétés) ou du jazz, on pourrait aisément dire que chaque interprétation d'un morceau, soit-elle vocale ou instrumentale, possède déjà son arrangement, Celui-ci varie selon le style de l'interprète, ou selon les caractéristiques d'un rythme à la mode. Un bon exemple d'interpolation classique-jazz-pop se trouve dans l'arrangement par Eumir Deodato du poème symphonique "Also Sprach Zarathustra" de Richard Strauss, aux début des années 70. En l'occurrence, Deodato n'a utilisé que le premier thème qui apparaît dans l'Introduction de l'oeuvre de Strauss, en le présentant sous des rythmes et harmonies "funk". D'autres exemples du genre se trouvent aussi dans les adaptations dansantes de thèmes de Mozart, Albinoni, Bach, Beethoven et d'autres compositeurs par des orchestres du genre Paul Muriat, Boston Pops, James Galway, etc.

L'orchestration consiste à distribuer savamment la mélodie principale, les mélodies d'accompagnement et les harmonies d'un morceau originalement composé pour un seul instrument ou un petit ensemble (duo, trio, quatuor, etc), à travers les divers instruments qui composent un orchestre symphonique. Quand il s'agit de faire le même pour une fanfare ou pour un ensemble instrumental de moindre proportion, on parle ici de faire une instrumentation. Soit l'une soit l'autre, elles doivent, ainsi qu'une transcription, être les plus fidèles possibles à la composition originale. Dans ce cas, on pourrait même appeler une orchestration d'une transcription pour orchestre. Un exemple bien connu d'une transcription-orchestration est celle de la "Toccata et Fugue en ré mineur" de Bach qui Leopold Stokovsky a fait pour le dessin animé "Fantasia" de Walt Disney.

Si bien que un vrai compositeur soit-il censé de maîtriser l'art de l'orchestration, ce n'était cependant pas le cas pour tous. Fait curieux, même des grands compositeurs ayant déjà fait leurs preuves de bons orchestrateurs, ont parfois fait appel à d'autres compositeurs pour orchestrer quelques-unes de leurs oeuvres. Par faute de temps ou de métier, des bons compositeurs comme Alexander Borodin, par exemple, ou Glazunov, ont confié au grand Rimski-Korsakov l'orchestration de l'un ou de deux de ses ballets. Modest Moussorgsky, lui aussi, doit au même maître russe l'une des orchestrations de sa célèbre suite – originalement écrite pour piano seul – "Tableaux d'une Exposition". L'autre, la plus connue, est dûe à la plume de Maurice Ravel. Excellent orchestrateur, Ravel a lui-même orchestré plusieurs de ses propres oeuvres pour piano, ainsi que d'autres de Debussy, Chopin, Schumann et Chabrier. Claude Debussy, qui doit à Charles Koechlin l'orchestration de son ballet "Khamma" et à André Caplet celles de ses "Boîte à Joujoux", "Clair de Lune" et "Petite Suite", a cependant orchestré deux des "Gymnopédies" d'Erik Satie (la 3e et la 1ère, et en inversant leur numérotation). La 2e Gymnopédie – selon lui – ne se prêtait pas à une orchestration.

Parfois dans mes transcriptions pour guitare d'anciennes danses de la Renaissance, je note "transcrit et arrangé" au lieu de noter "transcrit" tout simplement. Ceci se doit au fait qu'il s'agit d'une transcription où, par des raisons musicales ou de choix personnel, l'harmonie ne s'y trouve totalement conforme à celle de la version originale. L'ajout sporadique d'une octave à la basse, ou d'une note harmonique dans le but de renforcer l'acoustique d'un accord donné, pourrait venir éventuellement à heurter la sensibilité de quelques puristes. D'où le bien-fondé de la remarque.

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