jeudi 27 décembre 2007

MADONNA !



L'indéboulonable Madonna faite à la goauche (pinceau et aérographe) pour un magazine de rock allemand. Chose curieuse, le court et innatendu habillage du texte a rendu la page encore plus artistique que l'on attendait. En tout cas moi.

mercredi 26 décembre 2007

EXERCICE DE STYLE - II

LA LETTRE ÉGARÉE
À la manière de Guy de Maupassant avec un zeste de Kafka

Chaque cerveau est comme un moulin de sel marin, où tourne éternellement un pauvre clochard enfermé dans sa cage. Notre mémoire est un monde encore plus parfait que l’univers : elle rend la vie à ce qui peut-être n’ait jamais existé. La main tremblante, le regard pluvieux, j’ai relu tout ce que disait cette lettre trouvée dans le cabinet d’aisances du bucolique hôtel « F… » au pays de Caux. Dans mon pauvre cœur sanglotant j’ai senti une meurtrissure si douloureuse que je me mis à pousser des petits gémissements comme un homme dont on verse du plomb fondu dans ses oreilles.

Alors j’ai remonté toute ma vie ainsi qu’un castor malade remonte un fleuve après une crue. J’ai reconnu des gens oubliés depuis si longtemps que je ne savais même pas si je les avait connus le jour ou la nuit. La calygraphie de la lettre entre mes doigts tressaillants m’a rappelé celle de ma mère, et ainsi qu'une hallucination, j'ai revu la sévère dame avec ses vieux domestiques, sa triste figure afflaibie errant dans notre vieille maison, vaquant à ses occupations répétitives, notre salle à manger pleine de trophées de chasse, de détails de théâtre et crochets où l’on attache les enfants.
Oui, j’ai revu soudain les vieilles toilettes de ma mère avec sa longue physionomie fardée, l'haleine suivant l’humeur du jour, et les hideuses coiffures qu’elle avait si jalousement adoptées des voisines. Elle me hantait surtout dans une robe de soie grenat à ramages d’un autre temps; et je me rappelais une phrase qu’un jour, portant cette même robe, mon père m’avait dit : « Ignatius, mon enfant, si tu ne te tiens comme notre chère voisine Madame Hermet, tu seras bossu toute ta vie. » Oh ! les lumineuses paroles !

Puis soudain, un prénom féminin paraphé à un coin du papier qui tenait mes mains tremblantes, me fit passer sous la peau un frisson désagréable et je me retrouvai en face de mes souvenirs d’amour : un mouchoir déchiré en lambeaux symmétriques, une bottine de vernis rouge, une jarretière avec les initiales I. D. M. et quelques fleurs desséchées me sont venus à l’esprit. Alors les deux romans de ma vie, les deux ronds de flan dans un étang caramelisé, dont les héroïnes ne respirent plus depuis des décennies, m’ont plongé dans l’amère mélancholie portugaise des choses non dites et inachevées. Oh ! les fronts des jouvencelles où frisent les cheveux dorés, l'inoubliable caresse des marins, le regard qui dissimule tandis que les cœurs s’affolent, ce sourire qui promet douze mille réformes politiques sans jamais y tenir parole, et le ciel étoilé au-dessus des nuages… et le premier baiser… oh ! ce baiser qui anéantit toute pensée et nous plonge dans l’incommensurable bonheur d’une journée victorieuse et vaine... et ainsi prenant à pleines mains ce vieux bout de papier j'ai le déchiré d’un seule coup et, souffrant un supplice plus cruel que toutes les tortures imaginées par Dante Alighieri, j'ai couru sidéré vers la sortie de l’hôtel, en sanglotant et criant aux quatre vents toute ma détresse sénile.

Je m’élançait par la porte où quelques minutes auparavant j’avais franchi le seuil néfaste, une fièvre de fuite m’envahit, une panique, la vraie panique du cuisinier devant le garde-manger, et je sautai les marches de l’escalier par quatre, je me retrouvai dehors je ne sais pas, quand, apercevant mon cheval Brioso à dix pas d’un grand monsieur, je l’enfourchai d’un bond et partis au galop et ainsi je me suis penché dans le vent, en sentant secousse sur secousse monter du sol qui tremble, et je me suis vu abandonné par les éperons car il n’y avait pas d’éperons, et j’ai jeté les rênes car il n’y avait pas de rênes, seul avec mon corps maigre et rabougri, le dos voûté, je m'élançais devant la plaine infinie comme une lande rase, et davantage encore, sans selle car il n’y avait plus de selle, accroché à la crinière d’un cheval qui n’existait plus, ni moi-même, Ignatius de Maurignac, qui n'a jamais existé.

dimanche 23 décembre 2007

OLD TIMERS : HAYEK ET SON P'TIT SECRET



Illustration au sujet de Nicolas Hayek et son "invention secrète" qui a fait couler pas mal d'encre au début de l'année 94. Non, il ne s'agissait pas d'une nouvelle montre-bracelet Swatch mais de la naissance de la voiture Smart, devenue universellement célèbre par la suite. L'idée d'une voiture fabriquée par un horloger suisse nous a toujours parue incongrue et on y croyait pas tellement à l'époque. Alors, fort heureusement, surgit la Mère Mercedes qui, en accordant sa bénédiction au projet, a fait que le rêve hayekien devienne une prospère réalité. Une réalité, d'ailleurs, qui n'a jamais eu le moindre rapport avec l'industrie horlogère helvétique. Cherchez l'erreur...

Illustration faite à la gouache pour la couverture du magazine suisse L'Hebdo de mars 1994

samedi 22 décembre 2007

L'OEIL ÉCOUTE. ET L'OREILLE VOIT-ELLE ?

C'est pas toujours qu'on peut écouter sur internet un morceau musical en lisant sa partition à la fois. J'ai pourtant déniché une page où l'on trouve une animation du Prélude No.7 ( Premier Livre ) de Claude Debussy intitulé "Ce qu'a vu le vent d'Ouest" qui rend cela possible. C'est ne pas difficile. Même les non-initiés – avec un tintinet d'effort – pourront suivre à peu près le déroulement des notes de cette pièce tout en l'écoutant au même temps. Il ne suffit qu'un peu de pratique et on pourra mieux comprendre la géographie musicale qui découle des contours du graphisme de la notation et son rapport avec les sons qu'on en entend. Cela nous permet aussi de découvrir ce qu'on appelle de spacialité sonore d'une oeuvre musicale.

Le Prélude No.7 de Debussy est interprété ici par le pianiste Maurizio Pollini. À l'exception d'un presque imperceptible brouillon dans l'enregistrement lors du passage des mesures 53-54, l'animation reste correcte, l'exemple est didactique et a très un bel effet.

L'idée de ce qu'aurait pu voir le vent de l'Ouest dans sa course dechaînée sur les plaines du continent et après avoir traversé tant de vagues et de tempêtes en haute-mer atlantique m'a toujours séduit. Il est vrai qu'en composant ce prélude – de claire inspiration lisztienne, par ailleurs – Debussy nous a laissé, certes, une réponse à cela. Une réponse qui reste toutefois très abstraite et pas toujours facile à déchiffrer.



Document qui se trouve sur le site YouTube envoyé par rmannion

mardi 11 décembre 2007

ALORS J'EN PROFITE...

Illustration réalisée à l'aquarelle pour la carte de voeux de fin d'année d'une entreprise suisse d'assistance automobile.

... pour souhaiter à toutes et à tous des Bonnes Fêtes et une fringante Année 2008... sans la moindre panne de voiture!

ROSA DAS ROSAS pour guitare

Il y a quelques années, il m'est venu l'idée de composer un petit récueil de pièces courtes et faciles pour mes élèves de guitare. Cependant, après les premières ébauches, je me suis rendu compte que la composition des ces petites pièces tonales – conçues dans un propos didactique mais tout en possèdant aussi une valeur estéthique d'originalité – n'était pas une tâche aisée. Les morceaux ébauchés me rappelaient quelque part les études de Carulli, de Sór, de Tarrega, et tant d'autres pièces de la littérature de cet instrument. Cela m'a faisait penser aux "Études simples" de Brower qui quoique en possèdant une valeur esthétique durable et originale, certes, par contre ne sont pas des études simples à jouer du tout. Au moins, pas pour le niveau de l'élève de guitare à qui je proposerais mon récueil-là.

En optant pour l'adaptation, je suis donc allé chercher du côté de la musique ancienne et traditionnelle. Et c'était sur des vieux enregistrements que j'ai trouvé quelques dances et chansons de la Rennaissance provençale qui se prêteraient bien à ce dessein, tant par la beauté des mélodies modales, que par la facilité rythmique des morceaux. Après avoir réalisé la transcription et l'adaptation – celle-ci pas toujours facile – de six ou sept de ces pièces, j'ai poursuivi l'élaboration des doigtés. Curieusement,tout ce qui me paraissait facile d'exécuter me faisait pourtant penser qu'il en serait autrement pour un élève. Ou vice-versa. Ces courtes transcriptions tantôt me plaisaient, tantôt m'énervaient et, plus d'une fois, elles ont été releguées au tiroir à titre définitif. Cependant, au bout d'un temps, elles revenaient toujours.

Actuellement, le récueil n'est pas achévé car il en reste encore completer des harmonisations et d'amméliorer le doigté à certains passages d'un morceau ou d'autre. Toutefois, au fur et à mesure que chaque partition sera prête, je la présenterai ici à travers d'un lien où elle pourra être téléchargée gratuitement. En toute simplicité, j'espère que ces pièces courtes – réalisées dans un but uniquement didactique – puissent-elles apporter une modeste contribuition au dévéloppement de la technique individuelle de chaque élève, ainsi qu'un plus d'amour de celui-ci pour cet instrument tellement complet et précieux qui est la guitare.

Un mot à propos du morceau d'aujourd'hui

Il s'agit de Rosa das Rosas une chanson datant du XIIIème siècle et qui fut écrite par Alphonse X, roi de Castille, surnommé "Le Savant". Il est dit que dans cette pièce – dediée à la Vièrge – l'auteur sut y mettre tout le raffinement de son vocabulaire courtisan au service de l'amour mystique. De toute façon, sa mélodie se distingue par la pureté et la simplicité élegante dont elle se revêt.

Le cas où vous auriez de problèmes de téléchargement (mon serveur d'hébergement a parfois quelques caprices de Diva) n'hésitez donc pas à m'écrire un mot directement à l'adresse email qui figure dans ce blog, et je vous ferai parvenir les fichiers des partitions. De même pour toute suggestion et/ou des doutes concernant la partition ou l'éxécution.